Au large de la pointe de Grave, à l'embouchure de la Gironde, se dresse une silhouette unique dans le panorama des phares mondiaux. Le phare de Cordouan, parfois surnommé le "Versailles de la Mer", est bien plus qu'un simple signal maritime : c'est un monument historique exceptionnel, témoignage vivant de cinq siècles de maîtrise technique et artistique française.
Fiche Technique
| Localisation | Gironde, embouchure de la Gironde |
| Hauteur | 67,5 mètres |
| Construction initiale | 1584–1611 |
| Architecte | Louis de Foix, puis Joseph Teulère (1788) |
| Portée du feu | 22 milles nautiques |
| Classement | Monument Historique (1862), UNESCO (2021) |
| Visitable | Oui, par excursion en bateau depuis le Verdon |
Des Origines Médiévales à la Renaissance
L'histoire de Cordouan commence bien avant la tour actuelle. Dès le XIV° siècle, le Prince Noir, Édouard de Woodstock, fait ériger une tour primitive sur cet écueil calcaire pour guider les navires entrant dans l'estuaire de la Gironde. La Guyenne était alors anglaise, et Bordeaux représentait l'un des principaux ports d'exportation du vin vers les îles britanniques.
Cette première construction, rudimentaire, fut progressivement renforcée au cours du siècle suivant. Mais c'est en 1584 que débute la véritable histoire architecturale de Cordouan, lorsque l'ingénieur Louis de Foix entreprend une reconstruction complète sur ordre du roi Henri III.
L'Architecture Renaissance, une Prouesse Unique
Louis de Foix conçoit un édifice à la démesure du prestige royal : un phare-palais en pierre de taille, organisé sur plusieurs niveaux de toute beauté architecturale. La base cylindrique, d'un diamètre de 41 mètres, supporte une succession de pièces ornées dont l'appartement royal au premier étage et une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Cordouan au deuxième.
Cette chapelle, intacte dans ses décors de marbre et ses voûtes Renaissance, est un chef-d'œuvre rarissime. Les colonnes doriques, les frises sculptées, les portes à entablements : rien n'a été épargné pour faire de ce phare une déclaration de puissance de la monarchie française.
Les Modifications du XVIIIe Siècle
En 1788, l'ingénieur Joseph Teulère rehausse le phare pour accroître la portée de son feu, portant la tour à sa hauteur actuelle de 67,5 mètres. Cette intervention, délicate sur une structure déjà ancienne, nécessite des calculs structurels remarquables et préserve l'ensemble des éléments décoratifs Renaissance des étages inférieurs.
C'est également à cette époque que Cordouan adopte la première lentille de Fresnel expérimentée en France, transformant son feu en un signal d'une puissance sans précédent.
L'Inscription à l'UNESCO en 2021
Le 24 juillet 2021, lors de la 44e session du Comité du patrimoine mondial à Fuzhou (Chine), le phare de Cordouan est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, au titre de "chef-d'œuvre de l'art et de la technique". Une reconnaissance internationale méritée pour ce monument qui cumule les distinctions depuis son classement Monument Historique en 1862.
L'inscription valorise notamment la continuité de son usage : contrairement à la majorité des phares historiques transformés en musées, Cordouan est encore aujourd'hui un phare en activité, géré par la Direction Interrégionale de la Mer du Sud-Ouest.
Visiter le Phare de Cordouan
Cordouan n'est accessible qu'en bateau, ce qui renforce son caractère exceptionnel. Depuis le port du Verdon-sur-Mer en Gironde, plusieurs compagnies proposent des excursions saisonnières permettant d'accoster sur l'estacade du phare et de gravir les 311 marches menant au sommet.
La visite, guidée par les gardiens du phare, offre une plongée dans cinq siècles d'histoire maritime. Au sommet, la vue sur l'estuaire, les plages de Soulac et les côtes de Charente-Maritime est saisissante, surtout lors des grandes marées.
Informations Pratiques
- Accès uniquement par bateau depuis Le Verdon-sur-Mer (33)
- Traversée d'environ 30 minutes en conditions normales
- Ouverture : de mai à septembre, selon les conditions météorologiques et les marées
- Réservation conseillée auprès des compagnies locales
- Montée au sommet : bonne condition physique recommandée (311 marches)
- Sources : Association du Patrimoine des Phares et Balises